Préface

 
 

 

Singulière aventure que celle de ces littérateurs débutants qui sont parvenus à la langue la plus inventive, la plus juste, parfois la plus classique. D’une confession, un souvenir, un fait-divers, naît davantage qu’un récit, un monde, un univers. D’abord emmenés par Adeline Wrona et Francis Yaiche, ils sont plus de cent vingt chaque année à participer. Celsa d’or, concours de nouvelles, autrement dit de l’élan, de la passion, et sous l’apparente aridité de la page blanche, la plus inépuisable poésie.

Au fil des ateliers, la transformation des minuscules en majuscules, la question de l’imparfait, du « je » et du passé simple s’estompe. Dans tout ce que le silence accorde, les étudiants, formés à la lecture, apprennent à s’écouter. Ils découvrent leur « point » de départ. Brillants jusque-là à force d’être habités par leurs cours, leurs recherches, ils réalisent soudain qu’en écriture, on habite son travail.

De khâgneux, licenciés, couronnés… « pom pom pom » comme écrivait Albert Cohen dans Belle du Seigneur, ils deviennent passagers clandestins, doivent réapprendre leur langue. À quelques exceptions près, aucun n’avait employé les mots à autre chose qu’une dissertation, un mémoire, un devoir. Sur la terre de l’épreuve, leur volonté est en jeu. Et voici que la terre se révèle fertile. De l’incision à la graphie, le cartel, les marges, les débordements, les brouillons de leur vie deviennent champs, campagnes, rivières de légendes, d’en-têtes et de filigranes.

Il faut des rites. En janvier tombent les textes. Fin février, une vingtaine d’élus sont retenus lors d’une soirée arrosée. Parlons-en de la soirée. Chacun des professeurs, Nathalie Azoulai, Claire Burlat, Gustavo Gomez Mejia, Valérie Jeanne-Perrier, Hécate Vergopoulos, et moi-même, emmenés par Olivier Aïm, s’y prépare comme on s’entraîne pour un match de boxe. Tous les coups sont permis. Il n’est pas rare qu’un manuscrit donné KO se relève, brûle les cordes pour finalement chuter misérablement. Au finish, une liste de huit finalistes émerge. Avant de quitter le salon, la communauté en miettes se réconcilie par la grâce d’une vaisselle frottée et récurée à mains d’écrivains.

En avril, des personnalités extérieures, libraires, éditeurs, romanciers, critiques, entament la plus vraie des discussions avant le vote définitif.

Le débat ouvre les portes du non-sens et de la très grande rigueur, jusqu’à la folie… oui la folie, lisez, vous verrez ! Du ping-pong forcené sont distingués trois lauréats dans l’éclat joyeux d’une tablée de féroces lettrés. L’écriture, c’est toujours le cœur mis à nu, la plus grande sincérité, c’est un « je » où « la raie alitée dépasse l’affliction ». L’écriture rend heureux c’est dit.

De l’hiver au printemps, s’illumine au Celsa, une saison en paradis.

 

Corinne Lellouche - Écrivain, journaliste

 

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