Vingt ans l'an quarante

Avant-propos de Jean Cosmos

 


 

Michel Wyn est un garçon très doué.

De ceux qu’on jalouse pour la diversité de leurs talents et la continuité de leur réussite. Il a en effet brillé dans tous les secteurs de son activité et tout particulièrement dans l’exploration audiovisuelle.

Après Sciences Po, qui lui ouvre grand toutes les portes de la quiétude administrative, il opte pour l’I.D.H.E.C. (Institut des Hautes Études Cinématographiques) qui lui ouvre à deux vantaux les fenêtres de l’inquiétude et de la liberté créatrice. Et ça marche ! La France entière le reçoit chez elle pour de mémorables soirées qui en font un ami de la famille. La Demoiselle d’Avignon, La Cloche Tibétaine, Félicien Grevèche pour ne citer que trois des plus notoires parmi quelques dizaines de titres, un quart de siècle à l’antenne que prolongent les rediffusions, deux étagères de prix internationaux. On pourrait le croire accablé de réussites, se regardant le nombril au miroir du souvenir...

Pas du tout ! L’envie lui prend d’écrire un roman. Donc il le fait. Et, après deux excellents volumes autobiographiques (À la santé des frères Lumière et Mes années Lumière), il s’attaque à un autre mode de narration, du moins le croit-il, avant de mesurer à quel point son expérience de metteur en scène et co-scénariste le dispense des apprentissages.

« Vingt ans, l’an quarante ».

Sans vouloir ramener la couverture sur moi, le titre m’y convie. Mes vingt ans, je les ai eus précisément aux premières lignes de son récit : en 1943, la pire année de l’Occupation en région parisienne. Mais lui, de dix ans mon cadet, comment a-t-il fait pour être aussi exact dans touts les détails de son écriture ? Intuition, lectures, enquêtes ? Je le sais gros travailleur mais le travail ne vous livre dans l’épuisette que l’écume d’une époque, les emballages vides, les signes extérieurs de détresse. Pas l’âme des vivants, des morts-vivants. Ce qu’a sensuellement ressenti notre auteur. Cette vacuité morose de la majorité silencieuse des non-engagés sous la botte, cette fermentation secrété, cette capacité d’élan tout à coup vers une cause, bonne ou mauvaise (pour celui qui s’engage c’est toujours la bonne, ce sont les autres, plus tard, qui décident de la qualification), Michel Wyn nous les montre avec vigueur et réalisme, en homme de caméra. Au présent.

Noël et Clotilde, je vous connais. J’ai vécu ce temps avec vous. J’ai dans l’oreille le claquement sec des semelles de bois, dans l’œil le déploiement en corolle de vos robes légères dans les pédalées dominicales. Il y avait la guerre, bien sûr. Mais surtout l’amour et la faim. La peur de mourir et aussi la peur de survivre et d’en avoir honte.

C’est de cela que nous parle Michel.

D’un temps fabuleux, où le sort de l’humanité occidentale dépendait de l’humeur d’un petit groupe de pervers imbéciles (pour imposer le mensonge à deux cents millions d’hommes il faut être pervers, pour déclarer la guerre à trois cents millions d’autres, il faut être imbéciles.) D’un temps hasardeux, où le quotidien recélait tous les pièges : une rue plutôt qu’une autre, un couloir de métro à droite plutôt qu’un couloir de gauche, un trottoir plutôt... et vous étiez otage ou libre, encore un peu. D’un temps de courage et de veulerie, d’un temps...

... que vous allez découvrir ou revivre avec un guide que je remercie de m’avoir convoqué pour ces retrouvailles avec mes « Vingt ans, l’an quarante ».


Jean Cosmos (novembre 2010)

 
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